Comprendre la douleur de la blessure à la douleur chronique

Un article de Joël Bérubé,  un gradué récent de l’Université de Montréal et qui a fait ses deux stages cliniques (KIN2041 et KIN3040) il y a seulement 1 an !

Nous nous sommes tous déjà blessés au moins une fois. Que ce soit une fracture de stress ou une simple brûlure, nous savons tous ce que signifie avoir mal. Mais est-ce qu’on vous a déjà expliqué comment fonctionne la douleur? Son but, son rôle, et pourquoi elle peut persister sur plusieurs semaines, si pas des mois? Autant que les systèmes de la douleur puissent être complexes, ils peuvent être aisément appris.

Le système d’alarme du corps humain

On pourrait très bien remplacer le mot douleur par alarme. De la même façon que notre voiture est munie d’un système d’alarme, notre carrosserie biologique, soit notre corps, est munie d’un système de douleur.

Si je viens frapper votre voiture, elle se mettra à sonner. Si vous fermez la porte de votre voiture sur votre doigt, vous allez certainement aussi crier, mais le trauma engagera aussi plusieurs cascades réactionnelles.

Il existe deux chemins de nociception (soit la perception des stimulations génératrices de douleur). Un chemin rapide qui nous permet de retirer notre bras par réflexe et un chemin plus lent qui réagit à un signal plus faible mais constant tel que l’inflammation. Ainsi, lorsque la porte se ferme contre notre doigt, les nocicepteurs nous font ressentir une douleur vive pour nous avertir tel un bon système d’alarme qu’il y a danger et que nous devons retirer notre doigt.

Cela n’empêche malheureusement pas le fait qu’un traumatisme a eu lieu. Les lésions au niveau des tissus du doigt, qu’elles soient musculaires, ligamentaires ou osseuses vont créer un signalement au corps qu’il doit réparer les dégâts. C’est ce qui engage l’inflammation et ce qui cause la douleur qui nous suivra pendant plusieurs jours.

Le miracle de la guérison: comment une blessure se guérit

Au départ, le corps initie une phase de nettoyage qui dure de 2 à 3 jours. Le système immunitaire vient neutraliser les infections et dégrader les tissus morts. Pour permettre la mobilisation de fluides vers la région blessée, l’inflammation cause un œdème (une enflure) pour à la fois vasculariser les tissus et pour immobiliser la région afin de prévenir que l’on vienne encore plus irriter le site de blessure.

La deuxième phase, la phase fibroblastique, a pour but de réparer les dommages en construisant une matrice de collagène. Son alignement est important puisqu’une désorganisation des fibres augmente les chances de se blesser à nouveau. C’est une des raisons pour laquelle mobiliser rapidement une région blessée est important, puisque l’immobilisation peut créer une désorganisation de ces fibres.

La dernière phase, la consolidation, débute après 2 à 3 semaines et permet le remodelage des nouveaux tissus. La réorganisation du tissu cicatriciel par mise en tension de la musculature permet de retrouver un tissu sain et fonctionnel.

En bref, le corps se guérit automatiquement, ce qui est plutôt miraculeux en soi. Mais alors, pourquoi la douleur nous suit parfois plusieurs mois après notre guérison? Pourquoi est-ce que notre système d’alarme continue à nous avertir d’un danger qui n’est plus sur le bout de notre doigt?

L’hypersensibilisation du système nerveux central

Ce qui suit est l’information la plus importante. Si vous êtes aux prises d’une douleur persistante, la clé de votre succès est ici. La douleur n’est pas dans votre tête, vous avez simplement un système d’alarme hyperactif. En apprenant comment le calmer, il est possible de gérer et parfois même éliminer complètement la douleur!

Si vous avez déjà eu un bébé qui pleure sans cesse à vos côtés, vous savez que même si les pleurs signalent que quelque chose ne va pas, que ce soit qu’il ait faim, qu’il soit fatigué ou ait besoin de changer de couche, si rien ne fonctionne et qu’il pleure pendant des heures, vous allez devenir hypersensible à ses cris. De la même façon que l’on peut devenir plus sensible aux cris d’un bébé et commencer à réagir de façon irrationnelle, notre système nerveux central peut réagir de la même façon face à une douleur persistante.

Lorsque l’on se fait mal au bout du doigt, le neurone cheminant du doigt vers la colonne vertébrale (neurone #1), se rend et parle au neurone #2 qui se trouve au niveau spinal. Après trois mois de bombardement nociceptif, le neurone #2 devient hypersensible au message du neurone #1. Ainsi, son seuil d’activation devient plus bas et il se met à réagir plus rapidement à des sensations qui peuvent normalement être anodines. Aussi, il peut continuer à envoyer un signal de douleur alors que le neurone #1 a déjà arrêté de lui parler. C’est ce que l’on appelle l’hypersensibilisation du système nerveux central (SNC), ou plus communément la douleur chronique.

La perception de la douleur: il y aura des hauts et des bas

Il faut comprendre que la douleur est un concept biopsychosocial. Cela signifie qu’il y a trois composantes à la perception d’une douleur chronique. La composante biologique est due à l’hypersensibilisation du SNC telle que décrite plus haut, la composante psychologique provient de nos pensées conscientes et inconscientes et la composante sociale est reliée à notre culture et nos influences sociales.

Cela signifie que la douleur peut être modulée à la hausse ou à la baisse de façon consciente ou non selon notre culture, nos stress de la vie, l’opinion des autres face à nos incapacités, nos émotions, notre fardeau de la preuve face à notre employeur et aux instances gouvernementales si on est en arrêt de travail et bien d’autres facteurs. Ainsi, bien que la douleur soit d’origine biologique, ce qui se passe dans notre psychologique et dans notre cercle social est tout aussi important à considérer.

Alors, il est important de comprendre qu’à travers le processus de guérison, vous serez aux prises de hauts et de bas et que ceux-ci ne signifient pas nécessairement que vous régressez. Au contraire, parfois, il s’agit tout simplement d’une augmentation de notre perception de la douleur, car notre environnement affecte directement et indirectement notre biologie.

Comment gérer la douleur chronique

Afin de moduler directement la composante biologique, il existe deux méthodes : les modalités passives et les modalités actives.

Les modalités passives sont des techniques de gestion de douleur temporaires. Ils sont certainement efficaces et parfois nécessaires pour réduire l’inconfort, mais ils n’ont pas la capacité de résoudre la cause de la douleur. Par exemple, il est possible de prendre certains médicaments, faire usage d’infiltrations et de s’offrir des traitements en physiothérapie, ostéopathie ou en acupuncture.

Les modalités actives sont les techniques longs termes à privilégier. Puisque la douleur provient de l’hypersensibilité du SNC, l’objectif est alors d’utiliser l’activité physique afin de réduire sa sensibilité. En améliorant notre capacité physique, nos efforts vont devenir de plus en plus facile ce qui aura comme effet de réduire ce que l’on appelle la perception de l’effort. Une réduction de ce dernier vient directement réduire la perception de la douleur. L’inverse est aussi vrai, ce qui explique pourquoi l’immobilisation et l’augmentation de la sédentarité peuvent augmenter la douleur.

Pour utiliser les modalités actives, il est primordial de comprendre le concept de la gestion de la douleur à l’effort. Ce concept est fondamental pour éviter une augmentation de l’hypersensibilisation du SNC tout en permettant de réduire nos douleurs.

Réduire la douleur par l’activité physique

Pour gérer sa douleur à l’effort, il est important de porter attention au point d’inflexion. Il s’agit du moment où la douleur se met à augmenter. À ce moment, il est temps d’arrêter l’exercice. Ainsi, il est normal de ressentir une douleur pendant l’exercice, par contre, il est important de ne pas tolérer une douleur grandissante.

En trouvant des exercices qui n’augmentent pas la douleur, il sera possible d’augmenter notre capacité physique. C’est cette partie qui est plus difficile à accomplir seule et je n’oserais pas donner de conseils généraux sur comment y arriver sans en apprendre plus sur votre situation particulière. Bien qu’il est important de comprendre les concepts pour à la fois normaliser sa condition et pour savoir qu’il est possible d’y remédier, il est fortement conseillé de consulter un kinésiologue certifié en réadaptation en contexte de douleur chronique.

Tout le monde est affecté différemment par la douleur persistante et votre mode de vie et votre travail demandent différentes demandes physiques. Un kinésiologue saura déterminer des objectifs réalistes et atteignables en plus de vous supporter à travers les hauts et les bas du parcours.

Pour prendre un rendez-vous en clinique avec moi, vous pouvez suivre le lien suivant. Il me fera plaisir d’écouter votre histoire et de vous aider à prendre le contrôle une fois pour toutes de votre douleur persistante.


M. Joël Bérubé a obtenu son titre de kinésiologue après avoir gradué de l’Université de Montréal en 2020. Il est aussi un gradué du programme de certification en réadaptation en contexte de douleur chronique. Joël travaille en réhabilitation afin de permettre le retour efficace à l’activité physique après une blessure, en correction posturale et en gestion de douleur chronique. Il travaille aussi à la prévention et gestion de pathologies liées au vieillissement comme l’arthrose, la perte de masse musculaire, le diabète, l’hypertension et la santé cardiovasculaire.

Squats : Retenir sa respiration ou non ?

Si j’avais à choisir un exercice, seulement un, mon choix serait le squat.

Le squat est le « maître-exercice ».

Que ce soit pour la performance sportive ou la réadaptation, la plupart des spécialistes s’entendent sur le fait que cet exercice est le plus important.  C’est l’exercice par excellence pour l’entraînement de la chaîne postérieure (les muscles qui produisent l’extension de la hanche) si nécessaire à une foule de mouvements sportifs et de la vie quotidienne. Le squat est hautement « fonctionnel », c’est-à-dire qu’il transfère de façon importante les gains obtenus lors de l’exercice vers les fonctions que l’on veut améliorer.

Respiration durant le squat

Un  point créant beaucoup de confusion concernant le squat est la gestion de la respiration durant le mouvement. La façon correcte de gérer la respiration lorsque l’on fait un squat est de retenir celle-ci durant tout le mouvement. La raison est que la manœuvre augmente la pression abdominale et intrathoracique, stabilisant ainsi la colonne vertébrale. Cette manœuvre, nommée manœuvre de Valsalva, implique un effort expiratoire avec la glotte (espace entre les cordes vocales) fermée.

Figure 1 : Mécanismes de stabilisation du dos lors du squat  (traduit avec la permission de M. Mark Rippetoe).

Danger ?

Certains intervenants pensent que l’augmentation de la pression artérielle engendrée pourrait mettre le participant à risque pour sa santé. En fait, certains craignent que l’augmentation de la pression artérielle induise un anévrisme cérébral, voire la rupture de celui-ci. Un anévrisme cérébral est la dilatation d’une artère du cerveau à un endroit où la paroi de celle-ci est affaiblie par l’athérosclérose (ou, plus rarement, par un défaut morphologique).

.Figure 2 : l’anévrisme (source : http://www.docteurclic.com)

Gradient de pression

La différence de pression entre l’intérieur d’un vaisseau sanguin cérébral et l’extérieur du vaisseau est la pression transmurale.  Un anévrisme survient lorsque  la différence de pression (un gradient de pression) entre l’intérieur du vaisseau sanguin du cerveau et l’extérieur (pression intracrânienne, dans notre cas) est suffisamment grande pour que  la paroi du vaisseau sanguin (déjà affaibli) se distende (production de l’anévrisme) et, si la pression augmente encore plus, se rupture. C’est un évènement extrêmement rare qui survient si la paroi du vaisseau est affaiblie par l’athérosclérose ou dans un contexte génétique prédisposant (malformation congénitale).

Il est vrai que le squat augmente de façon très significative la pression artérielle moyenne (PAM). La cause est l’augmentation de la pression intrathoracique et intra-abdominale causée par la fermeture de la glotte, combinée à la contraction musculaire importante inhérente à l’exercice et à la pression sur les viscères engendrée par la flexion du tronc (figure 1).

Par contre l’autre élément de l’équation est la pression intracrânienne (PIC), c’est-à-dire la pression de l’autre côté de la membrane du vaisseau sanguin. Celle-ci est définie principalement par la pression du liquide céphalo-rachidien dans lequel baigne le cerveau.

Or la pression du liquide céphalo-rachidien est directement liée à la pression veineuse centrale (le liquide céphalo-rachidien est réabsorbé dans la circulation sanguine au niveau des villosités arachnoïdiennes). Donc, si le squat augmente la pression artérielle moyenne, la pression est aussi accrue au niveau intracrânien, ce qui fait que la pression s’égalise des deux côtés. La pression transmurale étant équilibrée, le gradient de pression est donc nul et le danger d’anévrisme est éliminé.


PTM  = PAM – PIC

PTM : pression transmurale

PAM : pression artérielle moyenne

PIC : pression intracrânienne


Figure 3 : L’équation de la pression transmurale.

Donc, la respiration doit être bloquée durant tout le mouvement.

Le vrai danger de blessure survient lorsqu’on relâche celle-ci durant le mouvement, déstabilisant ainsi le tronc et exposant l’exécutant à un risque plus élevé de blessures orthopédiques.

Pour approfondir le concept : cliquez ici.

Merci à Mme Diane Simard pour la correction des textes

Est-ce que je fais un diagnostic lorsque je mesure la pression artérielle ?

Suite à cette question et la discussion qui a suivi (en KIN2040), j’ai discuté avec un collègue cardiologue.

1) pour bien comprendre pourquoi, il faut d’abord revenir sur la notion que nous avons vue en classe à l’aide du vidéo du Dr Luc Léger ; la différence entre une mesure et une évaluation :

2) La prise de la pression artérielle (PA) est une mesure, et celle-ci n’est pas un acte réservé au sens de la loi. Donc tout le monde peut mesurer la PA.

3) On peut mesurer sans porter de jugement. Le fait de rapporter un signe n’est pas la construction d’un diagnostic pcq on ne porte pas de jugement professionnel sur la mesure.

4) Au cours de la consultation initiale, la collecte de données (subjectives et objectives) permet 2 choses (en plus de constituer la base de notre raisonnement clinique) :

4.1) L’établissement des facteurs de risques pour la santé (qui contribue à l’établissement du « tableau clinique », notion que nous verrons prochainement). Dans l’établissement des risques pour la santé, ce qu’on nous voulons savoir est si l’individu est déjà diagnostiqué avec une hypertension artérielle, entre autres.

4.2) Dans notre stratification du risque à l’effort, nous pouvons utiliser un signe (sémiologie) pour nous permettre de déterminer si oui ou non la personne peut être mise à l’effort. Un questionnaire sémiologique (les signes) et symptomatologique (les symptômes) est donc indiqué dans une consultation en kinésiologie pour l’établissement du risque à l’effort, et celui-ci est conjugué aux facteurs de risques pour la santé pour établir si oui (et avec possiblement des limites, voir guide de l’ACSM) ou non notre client peut être mis à l’effort. Par exemple, si la personne rapporte des douleurs retro-sternales (DRS) lorsqu’elle monte des escaliers, ceci un symptôme très pertinent, sans pour autant conclure que c’est une angine.
En raisonnement clinique, le jugement conduit à la décision et un diagnostic est une décision clinique que seul un ou une médecin a le droit de faire. Encore une fois, quand on mesure la PA, ce n’est seulement qu’une mesure, on ne se rend pas au jugement ni à la décision.

Enfin, si une mesure constitue un acte réservé, alors à ce moment-là nous n’avons pas le droit de prendre la dite mesure ; par exemple prendre un échantillon sanguin.
——————————-

On ne fait pas de diagnostics médicaux, mais nous avons de grandes responsabilités :

Lors de la consultation initiale votre décision clinique est de déterminer si oui ou non, ou avec quelles balises votre client peut faire de l’activité physique (sauf si indications contraires données par un(e) médecin (et non pas physio, ergo ou autre)), et ceci est une décision extrêmement importante. C’est la raison pour laquelle vous êtes à l’université … 😉

Vous serez surpris d’apprendre que mon ami cardiologue me disais que la majorité des cardiologues et des médecins omnipraticiens ne savent pas trop comment évaluer le risque à l’effort pour leurs patients ; pour eux, certaines conditions sont évidentes, mais ils sont bien embêtés dans beaucoup de situations : ex : post-angioplastie, clients avec angine typique avec approche médicale conservatrice, etc … Ceux-ci sont de plus conscients de notre présence et il me disait qu’ils nous font confiance ; à nous de bien faire notre travail !

Je placerai un guide – tableau avec les valeurs critiques (selon les normes de la société canadienne de physiologie de l’exercice de 2019)  pour la PA sur le Studium du cours KIN2040 et KIN3051.

Voici l’essentiel de ce guide :

guide PA

Société canadienne de physiologie de l’exercice (2019), La santé par la pratique d’activité physique, Ottawa, Ont. ISBN : 978-1-896900-47-6_E.

Medicine, A. C. o. S., & Riebe, D. (2017). ACSM’s Guidelines for Exercise Testing and Prescription: Wolters Kluwer.

Whelton, P. K., Carey, R. M., Aronow, W. S., Casey, D. E., Jr., Collins, K. J., Dennison Himmelfarb, C., . . . Wright, J. T., Jr. (2018). 2017 ACC/AHA/AAPA/ABC/ACPM/AGS/APhA/ASH/ASPC/NMA/PCNA Guideline for the Prevention, Detection, Evaluation, and Management of High Blood Pressure in Adults

John F Kennedy, le cas le plus célèbre de réadaptation par l’exercice

Icône du XXe siècle, 35e président des États-Unis et homme le plus puissant de la planète au début des années 60, John « Jack » Fitzgerald Kennedy était paradoxalement l’homme d’État le plus craint et le plus respecté à la fois.

Par contre, très peu de ses contemporains savaient que le pire ennemi de JFK était un mal de dos chronique qui l’a hanté pratiquement toute sa vie.

La déclassification de son dossier médical en novembre 2002 a révélé des faits étonnants sur son état de santé, mais aussi sur le grand courage qu’il a su démontrer face à un ennemi pire que Nikita Khrouchtchev : une douleur chronique au dos.

Un enfant à la santé précaire

JFK a connu une enfance extrêmement difficile sur le plan de sa santé. Il est né avec une maladie auto-immune : le syndrome de Schmidt. Très jeune, il contracte à peu près toutes les maladies infantiles possibles : fièvre scarlatine, bronchite, varicelle, rubéole, oreillons, coqueluche. À l’adolescence, il souffre d’une appendicite à l’âge de 14 ans et il doit se soumettre à d’innombrables investigations médicales à cause d’un système gastro-intestinal très fragile et de pertes de poids inexplicables. Le futur président des États-Unis a dû s’aliter pendant des semaines entières, soit à l’hôpital, soit en convalescence à la maison.

Le début du calvaire

Alors qu’il était dans la US Navy durant la Seconde Guerre mondiale et que son navire patrouilleur avait été littéralement coupé en deux par un destroyer japonais au large des Îles Salomon, JFK dut, au péril de sa vie, nager sur une distance de 5 km pour ramener un des membres de l’équipage qui, autrement, aurait été condamné à se noyer après l’impact.

Cet acte héroïque aggrava malheureusement son mal de dos et entraîna la première des cinq chirurgies qu’il allait subir au cours de sa vie. En effet, une intervention « exploratoire » lui fut proposée en 1944 que Jack accepta, croyant pouvoir régler son problème une fois pour toutes. L’intervention chirurgicale ne se révéla guère fructueuse et aucune hernie discale ou autre anomalie ne fut découverte.

La descente aux enfers

En octobre 1954, 10 ans après la première chirurgie, une autre fut pratiquée mais tourna à la catastrophe : JFK sombra dans le coma lors de l’intervention et on lui administra même l’extrême-onction. Il survécut finalement, mais une infection se déclara autour des vertèbres qu’on lui avait fusionnées. Trois mois plus tard, soit en février 1955, on lui retira la plaque de métal installée lors de la deuxième intervention.

On procéda finalement à une quatrième chirurgie dans le but de réaliser une greffe osseuse. Au cours des 17 mois suivants, JFK sera hospitalisé 9 fois.

La fin du parcours chirurgical

Jack subit une cinquième chirurgie en 1957 où on lui retira un abcès résultant des infections contractées au cours des chirurgies précédentes. À partir de 1955, JFK sera suivi par la Dr Janet Travell, médecin célèbre au États-Unis pour ses travaux sur le syndrome myofascial, entre autres.

JFK, président des États-Unis et … douloureux chronique anonyme

Le 8 novembre 1960, John F Kennedy bat Richard Nixon et accède à la présidence des États-Unis. Il est aussitôt pris en charge par l’équipe médicale de la Maison Blanche dirigée par l’amiral Georges Burkley. Celui-ci intègre la Dr Travell à l’équipe, et débute alors un programme de traitement médical avec comme élément central des injections de procaïne directement dans les muscles du dos.

Un an après le début de sa présidence, l’état de Kennedy empire. Amaigri, il souffre d’une infection urinaire, doit prendre cinq à six douches par jour pour soulager sa douleur, alors que son incapacité physique s’accentue de jour en jour. John F. Kennedy, l’homme le plus puissant du monde, est contrôlé 24 heures sur 24 par sa douleur et, à l’exception de ses proches et du personnel de la Maison Blanche, personne ne soupçonne l’étendue de sa souffrance. On sait que Jack est affligé de douleurs au dos mais, après tout, qui n’a pas mal au dos une fois de temps en temps…

L’épouse du président est inquiète de voir son mari avoir recours de plus en plus souvent à ses béquilles, de même que l’amiral Burkley qui commence à remettre sérieusement en question les traitements de la Dr Travell, d’autant plus que celle-ci en mène large à la Maison Blanche, s’étant signalée auprès de tout le personnel pour sa forte propension à rechercher les feux de la rampe…

La dernière chance

Au cours des derniers mois, l’amiral avait entendu parler d’un orthopédiste de New York qui utilisait avec succès une thérapie pour le moins inhabituelle et assez peu orthodoxe, pour utiliser un terme poli : un programme d’exercices. Burkley joue alors le tout pour le tout et fait appel au Dr Hans Kraus qui est secrètement convoqué à Washington. Celui-ci accepte de traiter le président à condition d’être le seul maître à bord pour ce qui est de sa lombalgie chronique.

La Dr Travell est donc écartée et le Dr Kraus débute un traitement ayant comme noyau son programme d’exercices pour le dos qui durera plusieurs mois. Kennedy, bien que sceptique au début, accepte le protocole et fait aménager une petite salle d’exercice dans un local adjacent à la piscine de la Maison Blanche.

Victoire

Au printemps 1963, Jack ne s’est jamais senti aussi bien. Il est plus fonctionnel et sa douleur est presque disparue. Il peut maintenant soulever ses enfants, les prendre dans ses bras et il est tellement mieux qu’il reprend même la pratique du golf ! Son entourage est médusé par ses progrès et peut unanimement attester que JFK n’a jamais été en aussi bonne santé. Le Dr Kraus lui propose donc d’intensifier son programme d’exercices et même de débuter la course à pied.

La dernière consultation

Cependant, une dernier « détail » agace le médecin du président : celui-ci tient encore à porter son corset lombaire, une « protection » qu’il a adoptée il y a plus de 20 ans. JFK craint de s’en départir, d’autant plus qu’il ne veut absolument pas retourner à l’état où il a passé la majeure partie de sa vie. Aujourd’hui, on décrirait cet état par le mot « kinésiophobie ».

À la fin d’octobre 1963, lors d’une rencontre à la Maison Blanche et après une longue discussion, le président promet à son médecin et désormais ami qu’il se départira définitivement de son corset au Jour de l’An 1964. Ce fut la dernière rencontre entre le Dr Hans Kraus et le président Kennedy. Celui-ci sera assassiné le 22 novembre 1963.

John F Kennedy avait convié, pour la première fois, le Dr Kraus et sa femme à venir souper avec lui et Jacky le lundi suivant, le 25 novembre 1963. Hans Kraus fera quand même le voyage de New York à Washington, non pour le souper mais pour aller se recueillir auprès de la dépouille exposée dans la East Room de la Maison Blanche.

Le destin

Dans sa célèbre biographie sur John F Kennedy publiée en 2003, Robert Dallek mentionne un fait étonnant à la page 694 :

Oswald tira trois balles de la fenêtre du sixième étage du dépôt de livres scolaires [… ] La deuxième balle atteignit Kennedy à l’arrière du cou. Si ce n’avait été du corset lombaire qui le tenait encore en position assise, la troisième et fatale balle qui l’atteignit à la tête n’aurait jamais trouvé sa cible…

Quant à la biographe du Dr Kraus, Susan Schwartz, selon elle, de nombreux historiens pensent que Kennedy aurait probablement survécu à la deuxième balle et que celle-ci venant de l’arrière aurait projeté le président au fond de la limousine, ce qui l’aurait protégé de la mortelle troisième balle.

En constatant ces faits, on ne peut éviter de penser que le corset qui avait sécurisé le président pendant plus de la moitié de sa vie a contribué à son décès et que le destin d’un des hommes les plus importants du XXe siècle a été altéré par un phénomène aussi affligeant qu’inoffensif en soi : la kinésiophobie.

Bonne rentrée automne 2021 !

Enfin le retour à une quasi-normalité. J’espère que vous êtes en forme et prêt pour une nouvelle session, surtout pour ceux et celles qui commenceront la formation clinique pour la première fois depuis votre entrée en kinésiologie.

Mon site est un «site adjuvant» pour le site Studium et contiendra du matériel supplémentaire aux enseignements que je vous donnerai. Celui-ci est un «work in progress» et vos commentaires et suggestions sont bienvenus.

Votre contribution

Vous pourrez contribuer à la section «lexique» du site. En effet, le lexique se veut un recueil pour la terminologie utilisée en kinésiologie et il vous est destiné à vous ainsi qu’aux étudiants du programme pour les prochaines années. Envoyez-moi vos suggestions par courriel !

J’ai hâte de vous rencontrer, soit dans les cours ou à la clinique 🙂

Yvan